CARACTÉRISATION DU MILIEU NATUREL DES LACS SAINT-CHARLES ET BEAUMONT 4 Conclusions La municipalité de Saint-Charles a retenu, en août 2006, les services professionnels du Groupe Hémisphères, afin de poser un diagnostic approprié sur l’état de santé des lacs Saint-Charles et Beaumont, à l’échelle de leur bassin versant, et d’en évaluer la capacité de support, afin de proposer à la municipalité les solutions les plus appropriées quant à la nature et à l’ampleur d’éventuels développements pour la villégiature, et de façon à répondre aux exigences des différents ministères concernés. Il s’agit de plus d’évaluer les impacts de nouveaux projets sur l’intégrité des écosystèmes présents.
La présente expertise ne s’attarde pas seulement à un calcul de capacité, mais intègre les résultats de la diagnose écologique du lac. Également, l’étude pose de sérieuses balises encadrant le développement futur ainsi que les pratiques d’aménagement en périphérie des lacs à l’étude. Elle tient compte des études antérieures et s’appuie sur les plus récentes avancées en matière de conservation. Diagnose écologique sommaire Dans les lacs colorés comme ces lacs de tourbière, une bonne part du phosphore total présent est associée au carbone organique dissous (élevé dans les deux lacs à l’étude), ce qui rend le phosphore moins disponible pour la croissance phytoplanctonique, comme le montrent les faibles concentrations mesurées de chlorophylle a. Les lacs fortement humiques sont habituellement très pauvres en plantes aquatiques et ne connaissent pas d’épisode de prolifération excessive d’algues (G. Nürnberg, comm. pers,). Le lac Saint-Charles fait preuve d’un déséquilibre à ce niveau. Les deux plans d’eau montrent également un débalancement par leur pH plutôt neutre alors qu’il devrait être plus acide. Finalement, les concentrations en phosphore total en été dépassent le critère québécois de nondépassement pour la protection du milieu aquatique, édicté par le MDDEP à 20 μg/L. Le seul élément positif est que le fond des lacs ne souffre pas de manque d’oxygène, ce qui facilite toute mesure de réhabilitation.
Capacité de support L’évaluation de la capacité de support du lac Saint-Charles, à l’échelle de son bassin versant, a permis de poser un diagnostic quant à l’implantation d’éventuels développements pour la villégiature. La capacité de développement des lacs est fondée sur le bilan du phosphore puisqu’il est un indicateur reconnu de la dynamique et de l’état de santé d’un lac. L’exercice de modélisation a eu le bénéfice d’identifier les sources de phosphore des lacs : l’apport en phosphore est principalement d’origine naturelle (près de 60 %), surtout des milieux humides, la provenance des autres apports étant majoritairement d’origine humaine, dans des proportions de 40 %. À la lumière des résultats obtenus, le lac Saint-Charles a atteint sa concentration maximale en phosphore admissible, les calculs montrent que la capacité est dépassée de 10 %. Un temps de renouvellement court diminue notamment le pouvoir rétention du phosphore.
Valeur écologique des sites de développement Le milieu naturel des bassins versants est passablement perturbé, notamment du fait du drainage des aires limitrophes qui a modifié les conditions hydrologiques avec la tourbière environnante, et aussi parla présence des voies de communication construites par le passé. Les pressions de développement en bordure des lacs de la plée de Saint-Charles a certainementcontribué à dénaturer les berges et pourraient contribuer à enrichir les eaux. L’augmentation importantede la valeur foncière dans l’environnement d’un lac entraîne une hausse de taxes, ce qui peut inciter lespropriétaires à altérer les milieux humides au détriment de leur conservation. C’est ce qui s’est produitentre autres dans le secteur nord du lac Saint-Charles, où la tourbière va progressivement s’assécheret perdre ses caractéristiques écologiques à cause des travaux de drainage réalisés depuis trois ans. À priori, tous les secteurs visés par le développement ont une ou plusieurs caractéristiques de milieuxhumides. Puisqu’ils ont été drainés et que la qualité des sols permette minimalement la construction de nouvelles installations septiques, les secteurs sud des deux lacs pourraient être consolidés en termes de nouvelles résidences, mais en concentrations négligeables. Constat général Les résultats jumelés de calcul de l’état trophique des lacs et de modélisation du phosphore servent à démontrer que des actions préventives sont impératives si on veut continuer le développement dans le bassin versant de ces lacs. 5 Recommandations Les mesures de contrôle recommandées ci-dessous vont permettre minimalement de conserver l’état trophique des lacs à l’étude, advenant leur développement additionnel. Recommandations : traitement des eaux usées Une des sources de phosphore d’un lac de villégiature provient généralement des installations septiques et donc du nombre de résidences réparties dans son bassin versant, et ce, indifféremment dela distance de chacune d’elle au plan d’eau. L’apport du phosphore anthropique est fonction de la population, du taux d’occupation et de l’efficacité de l’élimination de cet élément par les sols et l’installation septique même. Comme des conditions optimales d’épuration des eaux usées sont à la base de la conservation des plans d’eau, il est recommandé de faire corriger progressivement les systèmes déficients (puisard ou systèmes inconnus) et présentant un apport en phosphore dommageable pour l’eau du lac. Il est généralement admis, selon notre expérience, qu’il y a un contact hydraulique entre les eaux contenues dans ces systèmes et les eaux de surface du lac, dû au déplacement des eaux souterraines vers le lac.
L’efficacité du traitement occasionné par la combinaison d’une fosse septique et d’un élément épurateur peut grandement varier selon la qualité de la construction, son entretien, la perméabilité et l’épaisseur de sol sous les drains et l’âge de l’élément. La littérature indique que le traitement primaire réalisé par les fosses septiques retient entre 25 % et 40 % du phosphore qui y pénètre. Une fraction additionnelle du phosphore est retenue dans la zone de sol non saturé, sous le champ d’épandage, selon que les conditions suivantes sont respectées : • la conception, donc que soit conçue l’installation septique la plus appropriée en fonction du terrain naturel présent; le règlement Q-2 r.8 impose d’ailleurs depuis 2005 que l’étude de caractérisation du site, pour toute nouvelle installation, soit réalisée par un professionnel qualifié; • la construction, donc que les travaux soient réalisés par un entrepreneur qualifié et reconnu qui respecte les exigences du devis, par exemple que l’élément épurateur soit à niveau, que la pierre nette soit vraiment nette, ou que la machinerie ne compacte pas inutilement le terrain récepteur; • sensibiliser les citoyens sur l’utilisation et l’entretien de leur installation septique afin d’en prolonger l’efficacité et la durée de vie ; un Guide de gestion de l’installation septique serait indispensable. C’est donc à ces niveaux que la municipalité doit poursuivre ses efforts de sensibilisation et faire un suivi serré, en collaboration avec la MRC, pour encourager fortement les riverains qui n’ont pas encore amélioré leur système. Dans plusieurs cas, seule une installation à vidange périodique est possible à cause de la faible superficie des terrains et de la présence de puits ; par contre, ce système contribue efficacement à l’élimination du phosphore des résidences existantes. Il est enfin essentiel que les résidents exercent une vigilance continue en informant les responsables de la MRC de Bellechasse de toute nuisance potentielle détectée (odeurs, pompage suspect, travaux de drainage où on passe près du système d’épuration, fosses de vidange totale ou périodique trafiquées). D’ailleurs, des systèmes d’évacuation à débit réduit devraient être présents dans toutes les résidences qui possèdent une fosse de rétention; dans le cas contraire, des raccordements illicites sont soupçonnés, comme cela risque d’être le cas pour certaines d’entre elles. Un suivi serré des vidanges de fosses (mesures de niveau, remise des factures) peut permettre de détecter tout contrevenant à cet effet. Recommandations : protection du lac À ce stade, la présence des installations septiques ne peut être la seule source de la problématique d’enrichissement. En les jumelant aux actions sur le traitement des eaux usées, les mesures de contrôle recommandées ci-dessous vont permettre de conserver l’état trophique actuel du lac :
• interdire les engrais chimiques et naturels est une mesure d’atténuation à la source à entreprendre pour les riverains ; sensibiliser les citoyens à l’emploi de savon exempt de phosphore, surtout ceux des lave-vaisselle ; • interdire les véhicules à moteur ou limiter la vitesse des embarcations sur le lac ainsi que la force des moteurs pouvant s’y déplacer, par réglementation municipale, car le brassage des sédiments occasionné par le passage des bateaux remet en suspension le phosphore trappé dans les sédiments et le rend disponible à la prolifération de plantes aquatiques ; une eau trouble se réchauffe davantage et l’érosion causée aux rives est non moins dommageable ; • des efforts importants restent encore à faire sur les rives artificialisées ; la renaturalisation des rives avec des arbres et des arbustes sur une largeur d’au moins 5 m (bande de protection riveraine) s’avère une solution souhaitable à long terme afin d’abaisser la température de l’eau et capter les nutriments entraînés par la nappe phréatique avant qu’ils n’atteignent le lac ; les rives munies de murets de bois ou de béton devraient être laissées telles quelles lorsqu’elles se dégradent, c’est pourquoi il est important de les revégétaliser ; • puisque la tendance veut que les chalets saisonniers soient de plus en plus transformés en résidences permanentes, tenter de limiter le développement additionnel où les conditions de terrain sont peu propices à l’épuration des eaux usées ; • respecter l’intégrité des milieux humides existants (éviter leur fragmentation, leur dégradation, leur drainage et leur destruction) ; • encourager la protection des zones naturelles (dons à la conservation, servitude de conservation, fiducie, parcs, réserve en terre privée, etc.), ce qui augmentera les chances d’assurer la pérennité du lac ; à cet effet, tout le secteur nord du lac Saint-Charles devrait être restauré (chemin détourné et drainage) afin de garder intact ce dernier poumon du lac, en lien avec la tourbière. Le secteur nord du lac Beaumont devrait être laissé en conservation, comme une partie en a déjà la vocation. L’approche écosystémique se traduit par la mise en oeuvre de mesures efficaces de conservation pour tenter de freiner la dégradation de l’état trophique actuel du lac. De récentes études montrent qu’il est très difficile d’améliorer la qualité d’un lac eutrophe. On peut cependant freiner son vieillissement et tout progrès d’assainissement et de conservation se verra récompensé à moyen terme, mais également pour les générations futures. Advenant le cas où la municipalité privilégie de développer dans la tourbière, une demande de certificat d’autorisation devra être faite au MDDEP en vertu de l’article 22 de la Loi sur la qualité de l’environnement. La volonté d’application des mesures énumérées ci-dessus fera certainement partie des conditions pour leur acceptation.
Date du document: 2007-04-04 |